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« Une belle revanche » : Jessica Chavanne a décroché son 3e titre mondial de jet-ski à bras dans la douleur

Opérée du dos en janvier dernier, puis victime d’un impressionnant accident en pleine compétition, Jessica Chavanne a pourtant réussi l’impensable. À 42 ans, cette sportive originaire de Muret vient de décrocher son troisième titre de championne du monde de jet-ski à bras. Une victoire arrachée dans la douleur.

Une belle revanche » : Jessica Chavanne a décroché son 3e titre mondial de jet-ski à bras dans la douleur
La Muretaine a décroché son troisième titre de championne du monde © Aquabike World Championship

Jamais deux sans trois. Après 2020 et 2023, la Muretaine Jessica Chavanne a décroché, le mois dernier, son troisième titre de championne du monde de jet-ski à bras, à Olbia, en Sardaigne. Une consécration que la sportive de haut niveau savoure tout particulièrement après avoir traversé une année semée d’embûches. « Une belle revanche », résume-t-elle. Car quelques mois plus tôt, rien ne laissait présager un tel dénouement. En janvier dernier, Jessica Chavanne a dû subir une opération pour remplacer son disque lombaire L5-S1. « J’ai une malformation génétique qui fait que ma première lombaire est figée. J’ai donc la L5-S1 qui prenait toutes les contraintes », explique-t-elle.

Une situation aggravée par la pratique du jet-ski à bras, qu’elle décrit comme « un sport extrêmement physique et violent avec beaucoup d’impacts ». Les douleurs étaient devenues particulièrement difficiles à supporter. « J’avais des contusions osseuses et 2025 a été une saison horrible pour moi. J’ai énormément souffert. Mais ça faisait des années que je souffrais, donc j’avais un peu minimisé la douleur. » Lorsqu’elle commence à éprouver de grandes difficultés à plier les jambes, la sportive décide finalement de se faire opérer pour « se donner la chance de pouvoir continuer à faire ce qu’elle aime ».

Une opération du dos qui aurait pu mettre fin à sa saison

Cette intervention chirurgicale compromet toutefois sérieusement ses chances de participer aux championnats du monde. « On n’était pas sûr que je puisse reprendre la compétition. On s’était dit qu’au mieux, je ferais la fin de saison. Et en fait, j’ai pu faire la saison complète », sourit-elle. Et surtout, la remporter. Mais pour retrouver son meilleur niveau, Jessica Chavanne a dû revoir entièrement sa préparation physique. « Je ne pouvais pas faire ce que je faisais d’habitude pour les entraînements cardio. Tout ce qui était flexion de hanche était problématique pour moi. » Exit donc le vélo, remplacé par la natation. « Je me suis mise à nager. Ce que je ne faisais pas du tout avant. Ça m’a beaucoup aidée. »

 

Elle a également pu compter sur son kinésithérapeute, Christophe Mahieu, qui l’a accompagnée dans l’adaptation de ses exercices de renforcement musculaire et de cardio. « On a fait énormément de soins aussi entre chaque entraînement pour que je puisse récupérer un maximum malgré la douleur. » La championne a surtout appris à écouter davantage son corps. « Je pense que le fait d’avoir laissé la possibilité à mon corps de récupérer comme il fallait et juste de faire ce qui était nécessaire lui a permis de revenir en forme. » Les résultats ne se font pas attendre. Seulement deux mois et demi après son opération, Jessica Chavanne remonte sur son jet-ski. « Ce qui est assez incroyable », reconnaît-elle.

Un troisième titre mondial arraché dans la douleur

Mais les épreuves ne s’arrêtent pas là. Alors qu’elle est en passe de décrocher son troisième sacre mondial, la sportive est victime d’un violent accident lors de la dernière course de la saison. « J’ai failli perdre parce que j’ai eu un très gros accident au départ », raconte-t-elle. Un moment particulièrement angoissant pour son conjoint et ses proches. « Chaque départ, c’est compliqué pour lui et pour ma famille parce qu’ils connaissent les risques qu’il y a. » Sur son jet-ski, Jessica Chavanne atteint en effet des vitesses impressionnantes. « C’est pour ça qu’on se blesse fort aussi », souligne-t-elle. L’accident, filmé en direct, provoque une vive inquiétude parmi ses proches. « Je sais que beaucoup ont pleuré parce qu’ils m’ont vue en souffrance et personne ne savait ce que j’avais. »

Heureusement, la course est interrompue, permettant à la championne de reprendre le départ malgré ses blessures aux épaules. « J’ai ainsi pu marquer assez de points pour maintenir le titre mondial, puisque j’en avais déjà accumulé pas mal d’avance sur le reste du championnat. » Cette victoire n’a pourtant pas la même saveur que les précédentes. « Pour les deux autres titres mondiaux, quand j’ai passé la ligne d’arrivée, j’ai explosé de joie. Là, j’ai explosé en larmes. J’étais épuisée, mais hyper reconnaissante et soulagée d’avoir pu maintenir les points et d’être allée au bout. » Un troisième sacre obtenu « dans la joie et dans la douleur », face à des concurrentes âgées de 18 à 30 ans, alors que Jessica Chavanne en a aujourd’hui 42.

Une belle revanche » : Jessica Chavanne a décroché son 3e titre mondial de jet-ski à bras dans la douleur
© Aquabike World Championship / Mike Magnin

De coiffeuse à triple championne du monde : un parcours atypique

Pourtant, rien ne prédestinait Jessica Chavanne à un tel palmarès. Si elle compte désormais trois titres mondiaux et deux titres européens, remportés en 2023 et 2025, la Muretaine n’évolue sur la scène internationale que depuis quelques années, notamment « faute de moyens ». Sa passion pour le jet-ski remonte toutefois à ses 19 ans. « Mon grand-père s’occupait d’une base nautique à Cazères. J’étais tout le temps avec lui. Un jour, j’ai eu l’occasion d’essayer le jet qu’on voit au bord des plages. » Conquise, elle décide d’en acheter un. Mais l’enthousiasme retombe rapidement. « Je me suis très vite ennuyée dessus. Je suis passée sur un jet-ski à bras. »

Cette fois, c’est le coup de foudre. « On a besoin d’une technique et d’une capacité musculaire hors du commun puisqu’en fait, c’est notre corps qui va venir faire des transferts de masse pour l’équilibre. Parce qu’on prend en moyenne 3-4 G dans chaque virage. Donc, on n’a que le guidon pour se tenir. Et encore, ça bouge. Donc, en fait, c’est notre corps qui encaisse absolument tout. » Une sensation qui la pousse à faire de cette passion son métier, faute de pouvoir faire de la compétition. Après cinq années passées dans la coiffure, Jessica Chavanne décide alors de changer radicalement de vie. « J’ai passé mon monitorat de jet. J’allais faire la sécurité sur l’eau et les courses pour vraiment me rapprocher de ce milieu. Et je suis restée pendant des années comme ça. » À 28 ans, elle participe à sa première compétition lors des championnats de France. Puis, à 34 ans, une opportunité se présente : disputer un championnat du monde. « Je n’étais pas dans les premières, mais on voyait que j’avais du potentiel. Et j’ai progressé extrêmement vite. Je suis rapidement montée dans le groupe de tête. Et j’y suis encore. »

« Beaucoup de gens vivent un petit peu à côté de leur vie »

Pour atteindre le sommet, Jessica Chavanne a également dû surmonter un obstacle plus personnel : son manque de confiance en elle. « J’ai énormément travaillé là-dessus », confie celle qui a finalement décidé de transformer cette expérience en une nouvelle activité professionnelle. Aujourd’hui, la triple championne du monde dirige sa propre entreprise de coaching mental, baptisée Propulsion Mentale. « Je m’occupe de sportifs, de dirigeants et de personnes lambda qui ont tout simplement envie de se débarrasser de leurs blocages pour exprimer leur potentiel et vivre la vie qu’ils ont envie de vivre. Parce que beaucoup de gens vivent un petit peu à côté de leur vie. »

Après le jet-ski à bras, sa deuxième passion consiste désormais à « ouvrir la voie aux gens ». Un nouveau chapitre dans une carrière professionnelle déjà bien remplie. Car avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Jessica Chavanne a également passé 14 ans chez Airbus, d’abord dans la production, puis dans les bureaux, notamment en tant qu’ingénieure process. De la coiffure à l’aéronautique, en passant par le monitorat de jet-ski et le coaching mental, la Muretaine a déjà vécu plusieurs vies. Et elle ne semble pas décidée à ralentir.

« Beaucoup de gens vivent un petit peu à côté de leur vie »

Entre son entreprise et sa carrière de sportive de haut niveau, Jessica Chavanne mène un quotidien particulièrement intense. « Parfois, je suis un peu fatiguée entre le sport de haut niveau et l’entreprise », reconnaît-elle. Ses week-ends sont consacrés au jet-ski sur le lac de Muret, tandis que trois matinées par semaine sont réservées aux entraînements cardio et au renforcement musculaire. Le reste du temps, elle doit assurer le fonctionnement de son entreprise. Ses journées de travail s’achèvent ainsi rarement avant 21 heures. « Des fois, j’aimerais un peu souffler », admet-elle.

Un rythme effréné qui laisse peu de place à la vie personnelle. Cela fait neuf ans que Jessica Chavanne n’a pas pu prendre de véritables vacances avec son conjoint, Laurent Maridet. Et si ce dernier l’accompagne lors de toutes ses compétitions, y compris à l’étranger, ces déplacements ne ressemblent en rien à des séjours touristiques. « On n’a pas le temps parce que généralement, on est sur place pour six jours. Pendant un jour et demi, il faut tout préparer le jet qui est démonté pour le transport. Ensuite, il y a les jours d’inscription et d’essai, puis les courses. » Une fois la compétition terminée, le travail continue. « Le dimanche soir, quand c’est terminé, on va tout ranger et préparer le jet-ski pour le prochain transport. Ce qui nous prend généralement 4 ou 5 heures et le lendemain, on reprend l’avion pour rentrer à la maison parce qu’on enchaîne sur le prochain événement ou alors pour travailler et se préparer pour la prochaine course. »

Contrairement à certaines de ses concurrentes, qui disposent d’équipes entières pour les accompagner, Jessica Chavanne et son conjoint doivent assurer presque seuls l’organisation des compétitions. « Si mon conjoint n’était pas là, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais », insiste-t-elle. Laurent Maridet prend notamment en charge la mécanique et la logistique, tandis que Jessica Chavanne gère, en plus de ses entraînements, les relations avec les sponsors, la recherche de partenaires, la communication et son association. Elle peut également compter sur Laurent Tiffounet, neuro-trainer avec lequel elle travaille notamment sur les réflexes archaïques dans une démarche de prévention des blessures, ainsi que sur son préparateur moteur, Sébastien Puiseux.

Jessica Chavanne rêve déjà d’un quatrième sacre

Malgré les difficultés, les blessures et les sacrifices, Jessica Chavanne ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Après cette saison éprouvante, la sportive veut désormais prendre davantage de plaisir en compétition. Son objectif : « Se régaler et pouvoir exprimer son potentiel à 100%. » Et pourquoi pas décrocher un quatrième titre de championne du monde, cette fois en remportant toutes les courses de la saison ? Mais au-delà des trophées, le jet-ski occupe une place bien plus importante dans sa vie. « Quand je l’ai découvert, ça m’a vraiment sorti la tête de l’eau. Et c’est vrai que ça a construit toute ma vie. Parce que j’ai mon conjoint grâce à ça, j’ai mon entreprise grâce à ça. Il y a plein de choses que j’ai faites grâce à ça. C’est mon fil conducteur, mon fil rouge. »